Le cursus d’enseignement au Bauhaus – Walter Gropius



L’ au se divise en :

Un cours préliminaire (Vorlehre)

Le travail artisanal et formel s’élabore simultanément, de façon indissociable, l’un de l’autre, l’un avec l’autre, dans le but de libérer les forces créatrices que possède les étudiants, de lui rendre saisissables la nature matérielle et les lois fondamentales de la création artistique. Il faut soigneusement éviter de se rattacher à quelque tendance stylistique que ce soit. L’observation et la représentation – dont l’intention serait de découvrir, dans le cas idéal, le caractère identique de la forme et du contenu – définissent le champ de travail du cours préliminaire. La tâche essentielle est de libérer l’individualité, de l’affranchir des conventions au profit des expériences et des connaissances personnelles qui lui donnent la conscience es limites que la nature impose à son élan créateur. C’est pourquoi le cours préliminaire ne considère pas encore le travail collectif comme essentiel. L’observation subjective et objective se fait parallèlement, l’exploration des lois abstraites tout autant que l’interprétation du concret […]

Le but est avant tout la découverte et l’évaluation exacte des moyens d’expression personnels. Les possibilités créatrices de différents individus sont variables. Tandis que le rythme s’avérera le moyen d’expression originel de l’un, le clair-obscur correspondra au deuxième, la couleur au troisième, la matière au quatrième, le son au cinquième, la proposition au sixième, l’espace matériel ou abstrait au septième, le rapport de l’un à l’autre ou de deux à un troisième ou un quatrième incombant au huitième.

Tous les travaux du cours préliminaire sont réalisés sous la direction d’une équipe pédagogique. Ils présentent une qualité artistique seulement en ce sens que chaque expression, originelle et légitime, de l’individualité constitue la base de cette discipline créatrice singulière que l’on appelle l’art . […]

Un cours de forme (Werlehre, Formlehre)

La formation pratique va de pair avec la formation intellectuelle. Au lieu de transmettre à l’apprenti des concepts formels arbitraires et individuels comme le faisaient les académies, le cours de forme lui inculque le fonds élémentaire objectif d’éléments formels et chromatiques, ainsi que les lois auxquelles ils sont soumis. Il acquiert ainsi ici les outils intellectuels pour pouvoir concrétiser ses propres idées formelles. Cet doit ouvrir la voie à la force créatrice de l’individu et fournir une base objective à laquelle tous les individus peuvent agir seuls et ensemble.
Le travail architectural communautaire n’est possible que lorsque l’individu, après un approprié, est à même de saisir le concept d’espace comme un tout, d’ajouter harmonieusement au tout une partie qui peut être limitée mais doit être autonome. Le cours de forme reste en rapport constant avec le travail artisanal, le travail de conception graphique perd ainsi sa finalité académique, mais devient moyen auxiliaire complémentaire. Pour parler une langue, il nous faut en connaître les mots et la grammaire, et après seulement nous pouvons transmettre à d’autres nos propres pensées. L’être humain qui forme et construit doit apprendre un langage conceptuel particulier  pour que ses représentations deviennent visibles. Ses moyens linguistiques sont les éléments de formes et de couleurs, les lois de la construction. L’intellect doit connaître et guider la main constructrice, afin que la pensée créatrice ait un sens. Le musicien qui veut rendre une idée musicale objectivement perceptible à son oreille intérieure à, pour se la représenter, besoin de l’enchaînement des sons qui est certes variable mais totalement individuelle. Si on ne le maîtrise pas , l’idée reste à l’état de chaos. […]

L’être créateur doit d’abord retrouver et connaître le théorie telle qu’elle existait dans les grandes périodes. […] L’académie, dont la tâche aurait été de l’entretenir et de la développer, a complètement échoué à ce point, car elle a perdu tout lien avec la réalité. Le théorie n’est pas la recette de l’oeuvre d’art, mais le moyen objectif le plus important pour un travail de création en commun ; elle constitue la base commune sur laquelle plusieurs individualités peuvent ensemble atteindre à une entité artistique plus élevée ; elle n’est pas l’oeuvre d’un individu isolé, mais de plusieurs générations.

Le travaille consciemment à la préparation d’un nouvel ordre des moyens d’expression et de conception, sans lesquels le but principal de son travail serait inaccessible. Car le travail collectif ne se réalise pas seulement en conjuguant les capacités et les talents de quelques personnalités isolées. L’uniformité d’une oeuvre obtenue en exécutant à plusieurs le dessin d’un seul individu ne peut être qu’apparente. Au contraire, le travail individuel engagé dans une oeuvre commune doit rester une réalisation autonome, et l’unité globale de l’oeuvre ne s’obtient que par la récurrence appropriée d’un thème formel, par la répétition de l’unité fondamentale et de son rapport avec toutes les parties. Toute personne aidant à la construction de l’oeuvre doit saisir le sens et l’application du thème contrapuntique.

Les formes et les couleurs ne trouvent leur signification dans l’oeuvre que si elles sont en rapport avec l’essence de notre être ; elles sont, seules ou dans leurs rapports les unes aux autres, l’expression de nos diverses sensations e émotions, elles n’existent donc pas en soi. Le rouge par exemple éveille en nous d’autres sensations que le bleu ou le jaune, les formes rondes nous parlent différemment que les formes pointues ou angulaires. Ces éléments de base sont les sons à partir desquels se forment la grammaire de la conception, les règles du rythme, de la production, du clair-obscur, de l’équilibre, de l’espace plein ou vide. […] Le son et la grammaire s’apprennent, mais le plus important, la vie organique de l’oeuvre créée, provient de la force créatrice originelle et individuelle qui cherche à se donner les moyens de composer et agit selon ses propres lois intérieures.

Les exercices pratiques du cours de forme se fondent donc tant sur l’observation, c’est-à-dire sur l’étude exacte qui permet de reproduire na nature, que sur l’élaboration d’un travail productif favorisant les tentatives individuelles de composition. Ces deux activités sont par nature totalement différentes. L’académie supprima les limites entre ces deux secteurs et commit l’erreur fatale de considérer comme identiques les concepts, opposés à l’origine, d’art et de nature. L’art veut vaincre la nature pour dépasser l’antithèse au profit d’une nouvelle unité ; cette évolution s’accomplit dans le combat de l’esprit contre le monde matériel. L’esprit se crée une nouvelle activité qui est autre que celle de la nature. […]

Le but de l’ du

L’ du entend donc avant tout encourager une unité forte et nouvelle dans le travail, et selon laquelle tout le processus créateur se conçoit comme un tout indivisible ; celui qui est doué pour l’art doit à nouveau ressentir les liens étroits entre le travail formel et le travail pratique. L’envie de construire, au sens le plus large du terme, doit supplanter l’ébauche sur papier. La construction rassemble tous les travailleurs créateurs – du simple artisan à l’artiste de génie – dans une oeuvre commune. Pour cette raison, ce n’est que sur la base d’une formation commune suffisamment large que chaque talent trouvera sa voie. La tentative, la réflexion revêtent autant d’importance pour l’ensemble du travail que l’exécution pratique, la production. En l’absence d’une méthode universelle pour sélectionner les talents, chaque individu doit, au cours de son évolution, trouver lui-même le champ de travail qui lui convient au sein de la communauté. La majorité constitue le support de la production ; la minorité des individus particulièrement doués ne doit connaître aucune limite. Une fois qu’ils ont achevé leur formation formelle et pratique, ils devront s’atteler au travail expérimental indépendant. […]

La peinture moderne, rompant avec ses anciennes conventions, engendra d’innombrables idées qui cherchent encore à se réaliser dans l’univers du travail pratique. Mais si, à l’avenir, les artistes en quête de nouvelles valeurs créatrices ont eu une formation pratique industrielle, alors ils sauront eux-mêmes comment les mettre en pratique et en favoriser l’évolution. Ils forceront la machine à oeuvrer au service de leurs idées  ; l’industrie recherchera et utilisera leurs vastes connaissances.

 

 

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