Le Bauhaus, Idée et Organisation – Walter Gropius



La vison du monde actuel est déjà perceptible, quand bien même sa forme reste encore indéfinie. L’ancien dualisme opposant le sujet à l’univers se voit peu à peu remplacé par la notion d’une unité universelle dans laquelle seraient contenues, en un équilibre absolu, toutes les tensions divergentes. L’unité de tous les phénomènes et manifestations constitue une idée nouvelle dont l’émergence donne à l’activité créatrice humaine, qu’elle qu’elle soit, une signification commune, profondément ancrée en nous. Rien ne peut plus exister pour soi, chaque forme symbolise dès lors une pensée qui nous pousse à créer , qui fait d’un travail l’expression de notre conscience intime. Seul ce type de travail a un sens spirituel ; le travail mécanisé perd vie, il est du ressort de la machine sans âme. Tant que l’économie et la machine constitueront une fin en soi, et non un moyen pour délivrer l’esprit de la sujétion du travail mécanique, l’individu restera prisonnier et la société désordonnée. La solution réside dans une disposition nouvelle du sujet fac à son travail et non dans l’amélioration des circonstances de vie. La volonté d’accepter ce nouveau principe est donc déterminante pour l’instauration d’une nouvelle créativité […]

L’Académie

L’esprit d’hier avait son instrument : l' »académie ». Arrachant l’artiste au monde du travail – de l’industrie et de l’artisanat -, elle le plaça dans un total isolement. Dans des périodes plus fortes, en revanche, toute la vie créatrice du peuple était nourrie par l’artiste qui vivait au sein de la communauté, qui maîtrisait les fondements de l’artisanat pour les avoir progressivement acquis dans la pratique, à l’instar des autres artisans ; L’ État d’ailleurs ne commettait pas l’erreur fatale de considérer qu’être artiste est un métier qui s’apprend. L’art ne s’apprend pas ! Il dépend du talent de l’individu qu’un travail de création soit compris comme un exercice de dextérité manuelle ou comme une tentative novatrice. Le talent ne peut être ni appris ni enseigné, contrairement à la dextérité et aux connaissances approfondis que suppose tout travail de création, qu’il s’agisse de celui d’un simple ouvrier ou de celui d’un artiste de génie.

L’Isolement de l’artiste

Les académies offraient quant à elles une formation qui n’engendraient qu’un vaste prolétariat artistique ; celui-ci se retrouvait en butte à la misère sociale après avoir été bercé par l’illusion du génie, formé au snobisme de l’artiste, au « métier » d’architecte, de peintre, de sculpteur ou de dessinateur, sans que ne lui fussent fournis les outils d’un véritable apprentissage grâce auxquels il aurait pu se battre seul pour son existence sociale et aurait développé une volonté artistique indépendante. Ses capacités, limitées au dessin et à la peinture, n’avaient plus aucun rapport avec la réalité de la matière,d ela technique ou de l’économie, et se confinaient de ce fait en spéculations  esthétiques, sans lien réel avec la vie de la communauté. La grande erreur pédagogique de l’académie était de tenir compte du génie exceptionnel et non de la moyenne, mais de former quand même au dessin et à la peinture d’innombrables personnes au talent médiocre, parmi lesquelles un seul à peine devenaient vraiment peintre ou architecte. La plupart de ces académiciens, nourris de faux espoirs et ne disposant que d’une formation restreinte, restaient condamnés à exercer sans succès quelque activité artistique, sans non plus pouvoir se battre dans la vie; parasites de la société, ils étaient incapables de servir le travail du peuple.

Le développement des académies entraîna peu à peu la disparition d’un véritable art populaire … Seul subsista cet art se salon, coupé de la vie, qui, au XIXème siècle, finit par élaborer les images isolées n’ayant aucn rapport à une unité architecturale plus grande. Dans la seconde moitié du XIXème siècle s’amorça cependant un mouvement de protestation contre les conséquences néfastes des académies. Ruskin et Morris en Angleterre, Van de Velde en Belgique, Olbrich, Behrens et d’autres en Allemagne, sans oublier le Deutscher Werkbund, cherchèrent et trouvèrent les premières possibilités de relier le monde du travail à celui de l’artiste créateur. En Allemagne apparurent les Kunstgewerbeschulen (Ecoles des arts et métiers) qui devaient engendrer toute une génération d’artistes doués ayant suivi au préalable une formation dans l’industrie et l’artisanat. Mais les mentalités étaient encore fortement marquées par des réflexes académiques ; la formation professionnelle était dilettante, l’ « ébauche » dessinée et peinte continuait de figurer au premier plan. La tentative n’était pas donc encore suffisamment solide pour mettre un terme définitif à la tradition nuisible de l’art pour l’art. […]

Analyse du processus d’ébauche

Tout travail artistique a pour but de donner forme à l’espace … Qu’est-ce que l’espace, comment pouvons-nous le saisir et lui donner forme ? … Par le biais de notre appartenance à l’univers, nous saisissons vertes l’espace infini, mais nous ne pouvons lui donner forme qu’avec des moyens finis. C’est tout notre être indivisible, âme, esprit corps à la fois, qui ressent l’espace et nous lui donnons donc forme avec tous nos moyens physiques. L’être humain crée par son intuition, par la force métaphysique qu’il puise dans l’univers, l’espace immatériel de l’apparence et de la contemplation intérieure, des visions et des idées. Mais cet espace de contemplation cherche sa réalisation dans le monde matériel – L’esprit et la main triomphent de la matière.

LA cerveau conçoit l’espace mathématique grâce à la raison qui recourt aux calculs et aux mesures … La main maîtrise [l’espace matériel] grâce au savoir-faire artisanal qui recourt à l’outil et à la machine. Concevoir l’espace et lui donner forme sont cependant deux processus simultanés ,; seul le développement individuel des organes des sens , du savoir et de la dextérité, s’effectue à un rythme variable. Seul est à même de créer un espace artistique, vrai animé, celui dont les connaissances et les capacités obéissent à l’ensemble des lois naturelles de la statique, de la mécanique,de l’optique, de l’acoustique, et qui, les maîtrisant, trouve le moyen sûr de rendre concrète et vivante l’idée spirituelle qu’il porte en lui. Dans l’espace artistique, toutes les lois du monde réel, intellectuel et spirituel, s’exprimant simultanément.

Le à Weimar

Ces principes déterminent l’ampleur et la profondeur du système visant à la formation générale de l’artiste. Au Staaliches Weimar fut entreprise pour la première fois à grande échelle la tentative délibérée de mettre en pratique ces principes […]

C’est le champ théorique d’une académie associé au travail pratique d’une école des arts et métiers qui devrait fournir son cadre à un nouveau système de formation prévu pour des individus ayant des dons artistiques. La devis eest la suivante :

« Le aspire à ce que la création artistique dans son ensemble constitue une unité, à ce que la fusion de toutes les disciplines artisanales aboutisse à un nouvel art architectural dont elles feraient partie intégrante. Enfin, le s’est donné pour but, à long terme certes, de réaliser l’œuvre d’art unitaire – la grande construction – qui abolirait les limites entre l’art architectural et l’art décoratif.  »

Le principe directeur du est donc l’idée d’une nouvelle unité, le rassemblement de plusieurs arts, tendances et manifestations, en un tout indivisible, ancré en l’homme lui-même, et qui ne trouve sn sens et sa signification qu’à travers la vie animée.

C’est de l’équilibre parfait dans l’activité de tous les organes créateurs que dépend la performance de l’être humain. il ne suffit pas d’enseigner telle ou telle chose, c’est l’ensemble qui nécessite une formation approfondie. à Partir de là se définisissent la style et l’envergure de l’enseignement du .

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